La facturation électronique est la réforme administrative la plus commentée de 2026 — et probablement l’une des plus mal comprises par les professionnels de santé libéraux.
Faut-il changer de logiciel ? Vos FSE sont-elles concernées ? Risquez-vous une amende à partir de septembre ?
Si vous êtes kinésithérapeute, IDEL, orthophoniste ou orthoptiste, la réponse tient en une formule contre-intuitive : vous êtes concernés, mais pas comme vous le pensez.
Vos actes de soins ne changent pas : la télétransmission SESAM-Vitale, les retours NOEMIE et le tiers payant fonctionnent comme aujourd’hui, dans un circuit déjà contrôlé par l’Assurance Maladie. La réforme vise un autre pan de votre activité : vos achats professionnels.
À partir du 1er septembre 2026, tout soignant libéral, même exonéré de TVA, doit pouvoir recevoir ses factures fournisseurs via une plateforme agréée — sous peine de sanctions.
Dans cet article : le calendrier, ce qui relève de la réforme et ce qui n’en relève pas, les cas où vous devrez émettre, et les solutions proposées par vos éditeurs de logiciels.
Facturation électronique 2026 : les dates à retenir
Avant de savoir comment vous conformer, encore faut-il savoir quand — et c’est là que la confusion est la plus fréquente. Contrairement à une idée reçue, tout ne bascule pas d’un coup au 1er septembre 2026 : la réforme de la facturation électronique s’étale sur deux échéances, selon une logique qui vous concerne différemment selon votre situation.
Le 1er septembre 2026 : l’obligation de réception pour tous
À cette date, toutes les entreprises françaises — y compris les professionnels de santé libéraux, même non assujettis à la TVA — doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. Concrètement, vos fournisseurs assujettis (opérateur téléphonique, éditeur de logiciel, fournisseur d’énergie, loueur automobile…) cesseront progressivement de vous envoyer des factures papier ou de simples PDF par mail : ils les transmettront dans un format normé, acheminé jusqu’à votre plateforme de réception.
Même date, mais pour d’autres : les grandes entreprises et ETI deviennent quant à elles soumises à l’obligation d’émission de factures électroniques.
Le 1er septembre 2027 : l’obligation d’émission pour les petites structures
C’est à cette échéance que les PME, TPE et micro-entreprises — donc la quasi-totalité des cabinets libéraux — devront, le cas échéant, émettre leurs factures électroniques. Pour la majorité d’entre vous, cette obligation restera théorique : elle ne s’applique qu’aux opérations taxables entre professionnels (nous y revenons en détail plus bas). Pour un cabinet de santé, la seule date qui compte vraiment est donc le 1er septembre 2026.
Et si je ne fais rien ?
L’absence de plateforme rattachée à votre SIREN expose à une amende de 500 € après un délai de mise en conformité de 3 mois, puis 1 000 € tous les 3 mois. À noter : l’administration fiscale a annoncé une approche de tolérance pédagogique au démarrage — les difficultés techniques rencontrées en début de réforme ne seront pas sanctionnées immédiatement, à condition de les corriger et de régulariser les factures concernées. Le calendrier, lui, n’est pas reporté.
Vos actes de soins ne sont PAS concernés : FSE et facturation électronique, deux circuits distincts
C’est LA question qui revient sans cesse dans les cabinets : « Mes feuilles de soins vont-elles devoir passer par une plateforme agréée ? ». La réponse est non, et il est essentiel de le comprendre une bonne fois pour toutes.
La télétransmission SESAM-Vitale reste inchangée
Vos feuilles de soins électroniques (FSE), leurs retours NOEMIE, le tiers payant et vos échanges avec les CPAM et les mutuelles relèvent du circuit SESAM-Vitale, piloté par le GIE du même nom. Ce dispositif existant ne fait aucunement partie du périmètre de la réforme de la facturation électronique, qui est une réforme fiscale visant les échanges commerciaux entre assujettis à la TVA. Les deux mondes coexistent en parallèle : votre logiciel métier continue de gérer la télétransmission des soins et leur remboursement, exactement comme avant.
Pourquoi cette exclusion ?
Parce que vos actes de soins sont exonérés de TVA au titre de l’article 261-4-1° du Code général des impôts, qui exonère les soins dispensés aux personnes par les professions médicales et paramédicales réglementées. Or, la facturation électronique obligatoire ne vise que les opérations relevant de la TVA. Une séance de kinésithérapie, une injection, un bilan orthophonique : aucune de ces prestations ne collecte de TVA, aucune ne bascule donc vers le circuit électronique fiscal.
Un circuit déjà largement contrôlé
Autre point souvent oublié dans les articles alarmistes : vos factures de soins ne sont pas des zones grises administratives. Vos FSE transitent déjà intégralement dans un circuit dématérialisé, tracé et contrôlé par l’Assurance Maladie — cotations, exonérations, prescriptions, données patient, tout y est vérifié, au point de générer parfois rejets, indus et demandes de régularisation. La réforme fiscale n’ajoute donc strictement aucun contrôle à un flux déjà parfaitement maîtrisé par l’État.
En résumé :
- soins = circuit SESAM-Vitale inchangé ;
- dépenses professionnelles = nouveau circuit via plateforme agréée.
Exonéré de TVA ne veut pas dire épargné : l’obligation de réception des factures fournisseurs
Voici le cœur de la réforme pour un professionnel de santé libéral. Exonéré de TVA sur vos actes de soins, vous n’avez pas d’obligation d’émission. Mais vous n’êtes pas pour autant spectateur de la réforme : vous avez une obligation de réception.
Pourquoi vos factures fournisseurs basculent
Vos fournisseurs — opérateur téléphonique, éditeur de logiciel, fournisseur d’énergie, distributeur de consommables — sont, eux, des entreprises assujetties à la TVA. Dès septembre 2026, ils cesseront progressivement de vous envoyer des factures papier ou des PDF par mail : leurs factures partiront dans un format structuré (Factur-X), acheminé jusqu’à la plateforme de réception de leur client. Y compris lorsque ce client est un soignant exonéré de TVA.
Pourquoi vous devez avoir votre propre plateforme
C’est le point contre-intuitif du circuit, dit modèle en « Y » : la facture émise par votre fournisseur transite par sa plateforme agréée, puis est acheminée vers la vôtre, identifiée grâce à l’annuaire tenu par le Portail Public de Facturation, qui relie chaque numéro SIREN à sa plateforme de réception. Le portail public, lui, a abandonné son rôle de réception gratuite : il ne joue plus que le rôle d’annuaire et de concentrateur fiscal.
Conséquence : si vous n’avez pas choisi de plateforme agréée ni rattaché votre SIREN à une adresse de réception, vos fournisseurs ne peuvent plus vous adresser leurs factures dans les règles. La plateforme de l’émetteur ne « dépose » jamais la facture à votre place — elle la route vers votre plateforme… qui doit exister.
Concrètement, deux démarches suffisent
Choisir une plateforme de facturation électronique agréée immatriculée par la DGFiP (liste officielle disponible sur impots.gouv.fr), puis rattacher votre SIREN à une adresse de réception valide, via l’inscription à l’annuaire des entreprises. C’est cette inscription qui permet l’adressage correct des factures de vos fournisseurs.
L’administration a annoncé une tolérance pédagogique au démarrage de la réforme : les difficultés ponctuelles ne seront pas sanctionnées d’emblée, à condition de les corriger. Mais l’absence durablement non régularisée reste exposée aux amendes évoquées précédemment — et, en pratique, à l’incapacité de traiter les factures de ses propres fournisseurs.
Les rares situations où vous devrez émettre des factures électroniques
Soyons clairs : pour l’immense majorité des soignants libéraux dont l’activité se limite aux soins, y compris les actes facturés hors nomenclature, l’obligation d’émission via la facturation électronique ne s’appliquera jamais, ces prestations restant exonérées de TVA. Seules quelques situations marginales sortent du champ de l’exonération :
- Les prestations hors du cadre de soins : intervention en entreprise, formation, conseil ou expertise facturés à une société ;
- Les recettes étrangères aux soins : location de locaux aménagés, même à des confrères, vente de biens sans lien avec des soins dispensés (en revanche, la vente de matériel dans le prolongement direct d’un soin, comme les semelles d’un podologue, reste exonérée).
Si votre activité comporte une telle composante annexe taxable, l’émission de factures électroniques deviendra obligatoire pour ces recettes à compter de septembre 2027 — un point à vérifier avec votre expert-comptable et à anticiper dans le choix de votre plateforme.
Choisir sa solution : plateforme agréée ou logiciel compatible ?
Bonne nouvelle : pas question de remplacer votre logiciel de télétransmission. Les deux outils coexistent — votre logiciel métier continue de gérer les soins et leur remboursement, la réception des factures électroniques se fait en parallèle. Reste à choisir comment.
Plateforme agréée (PA) ou Solution Compatible ?
La plateforme agréée est l’opérateur immatriculé par la DGFiP qui reçoit, contrôle et achemine les factures électroniques. La Solution Compatible, c’est votre logiciel de gestion ou de comptabilité, connecté à une PA, capable de générer et transmettre les factures au format réglementaire. En pratique, vous n’avez souvent qu’à activer une option chez votre éditeur : c’est lui qui s’appuie sur la PA.
Ce que le marché a mis en place
Le secteur s’est organisé : les éditeurs spécialisés santé ont noué des partenariats avec des plateformes agréées. Certains logiciels métiers sont certifiés « Solution Compatible » et s’appuient sur une PA dédiée ; d’autres solutions comptables pour indépendants en BNC sont elles-mêmes immatriculées comme plateformes agréées — parfois avec une offre de réception gratuite. Les experts-comptables spécialisés auprès des professionnels de santé publient des guides dédiés et accompagnent leurs clients dans le choix, en tenant compte du logiciel existant et du volume de factures fournisseurs. Enfin, les banques et grands éditeurs comptables généralistes proposent également des PA adaptées aux petites structures.
En résumé, deux questions suffisent : votre logiciel actuel propose-t-il une connexion à une plateforme agréée ? Sinon, votre expert-comptable peut-il vous orienter vers une solution adaptée au cabinet ?
La checklist en 5 étapes pour être prêt
- Vérifiez votre statut : vos recettes sont-elles exclusivement des soins exonérés, ou avez-vous une activité taxable annexe ?
- Listez vos fournisseurs assujettis : ce sont eux qui basculeront vers le format électronique (logiciel, téléphonie, énergie, véhicule, consommables) ;
- Choisissez une plateforme agréée immatriculée par la DGFiP (liste officielle sur impots.gouv.fr), idéalement connectée à votre écosystème existant ;
- Rattachez votre SIREN à votre adresse de réception via l’annuaire des entreprises, pour que vos fournisseurs puissent vous adresser leurs factures ;
- Testez la réception avant l’échéance : créez un compte, faites-vous adresser une facture test, et vérifiez la remontée dans votre espace — en vous appuyant sur votre expert-comptable, qui peut coordonner ce suivi avec la plateforme choisie.
La réforme de la facturation électronique ne bouleversera pas votre pratique de soin : vos FSE, vos retours NOEMIE et votre tiers payant restent dans le circuit SESAM-Vitale, déjà tracé et contrôlé par l’Assurance Maladie. Mais « exonéré de TVA » ne veut pas dire épargné : au 1er septembre 2026, tout soignant libéral doit pouvoir recevoir les factures électroniques de ses fournisseurs via une plateforme agréée, sous peine d’amendes. Pour la quasi-totalité d’entre vous, l’obligation d’émission restera théorique, elle ne vise que les rares prestations exercées hors du champ des soins.
Une réforme donc bien plus légère que sa réputation, à condition de faire ses deux démarches à temps : choisir une plateforme, rattacher son SIREN. Une trentaine de minutes, pour une conformité durable.
